Glop - pas glop
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Chasse au dahu
Toutes les fins d’année, c’est la même rengaine. Tu cours après les budgets. Sauf que cette année la date d’ouverture a été avancée. Alors forcément c’est la ruée. Tout le monde s’y met. Vu d’en haut, on doit ressembler à des rats de laboratoire coincés dans un labyrinthe qui reniflent la moindre piste vers la sortie. Alors tu cours, tu cherches les indices. Il faut trouver celui qui a scotché une enveloppe budgétaire sous le fond de son tiroir pour sa petite prime de fin d’année. Le fourbe. L’argent c’est fait pour être dépensé. C’est un truc que j’ai appris à l’armée. Faut tout dépenser comme ça l’année prochaine t’auras la même chose. Alors à la fin d’année, c’était le grand jeu. Tous les lundi de décembre, le chef nous donnait rendez-vous dans un endroit à l’abri des satellites espions pour vider des chargeurs entier de balles à blanc. Comme on veut. En tirant en l’air, en faisant un petit pas chassé, en criant « hauahhhahahhhaaa, vous m’aurez pas vivant » mais interdiction de viser le chef. Il voulait pas. Alors une fois, j’ai dit « Chef, puisqu’on est costumés et armés, on pourrait faire la guerre pour de la fausse ? Comme ça en cas d’invasion on serait prêt pour défendre notre mère patrie. Hein ? Chef ? ». J’ai bien senti que je l’avais pris par surprise avec ma question bizarre. Il n’a pas bougé. Un moment j’ai cru qu’il était parti vers un autre pays, le pays des possibles où tout est possible où les trains déraillent pour taper la discut avec les vaches. Et puis il s’est rendu à l’évidence. Ce n’est pas possible. Alors il m’a postillonné dessus « Nan mais, soldat Vince arrête de psychoter. Les ordres c’est de vider les chargeurs ici ! Pas de désobéissance. Et pis, crois pas que je voudrais de toi pour faire la guerre. » Quelque part ça m’a rassuré. Alors vous l’aurez compris, l’idée générale, c’est de trouver la personne qui a encore des caisses de munitions. Par la machine à café du 3ème, j’ai appris que des économies avaient été réalisées sur un projet. Ni une, ni deux, j’ai foncé voir le dinosaure responsable. Je me suis incrusté comme un vendeur d’assurance vie. J’ai vidé mon sac. Je lui ai parlé de mes problèmes, de ma mère malade, de ma sœur droguée, de mon frère soutien de famille (heureusement qu’il est là en train de nettoyer des pare-brises contre quelques pièces. Mais rien à faire. A chaque fois que j’avançais d’un pas, il reculait. A chaque fois que je disais oui, il disait non. On a dansé un moment comme ça, à essayer de se peloter mais faut croire que je lui ai un peu trop écrasé les pieds car il n’a pas bronché. Une vraie porte de prison. A croire que le type devait passer ses dimanches à guetter le démarcheur, le vendeur d’aspirateur, les scouts, les témoins de Jéhovah pour s’entraîner à les envoyer bouler proprement. Mais j’ai encore une chance. Un plan B. JC m’a tuyauté sur un N+1 que j’ai bien connu il y a très longtemps, du temps où il était N-1. Je l’avais accompagné à une démo, au 5ème étage d’une tour à la Défense. Dans le hall tout était balisé et bien fléché. Y avait qu’à suivre. Je le revois dans l’ascenseur, appuyer sur le 5. Le geste net et précis. Beaucoup de doigté. En cas de guerre nucléaire, j’aurais sûrement voté pour lui. Bref. On sort de l’ascenseur et misère, plus de flèches. Plus de repères. (Certainement plus de budget). Et là, mon futur plan B s’est retourné vers moi. La panique. La grosse boule dans la gorge et le regard affolé. Un regard qui disait « Ca y est Vince, on est perdu. C’est la fin. On s’est trompé d’étage, c’est un cul de sac. Personne ne sait qu’on est ici. On va être obligé de manger nos excréments et à la fin, on va mourir ». J’ai eu une formation de secouriste, ce qui fait que déontologiquement je n’ai pas le droit de gifler les hystériques comme dans les films catastrophes. Dommage. Alors je l’ai pris par les épaules pour lui faire faire un ¼ de tour. En direction d’une belle blonde en jupe noire et veste rouge qui aurait bien aimé s’appuyer contre le mur. « A mon avis, c’est par là ». Effectivement, c’était le bon chemin. En vérité, j’avais vu la dernière flèche mais comme elle était cachée par un Yucca en plastique, j’ai préféré me taire. Par la suite et par hasard, on s’est recroisé. En général, il m’ignorait et une fois il m’a même confondu avec T. Je n’ai rien dit et j’ai mis ça sur le compte de son esprit supérieur. Mais d’ici début de semaine prochaine, je n’ai plus le choix. Il va falloir que j’aille le voir. Donc si jamais vous croisez sur votre chemin un grand garçon au regard un peu perdu qui se demande s’il doit manger ses excréments, sauvez-le.
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Chef, oui chef.
Ce qui est bien quand t’es chef, c’est que t’es chef. Bien sûr, tu as la pression sur tes épaules, tu passes ton temps à éviter les chausse-trappes de tes meilleurs amis chefs, tu bois beaucoup de café et tu dois dire des idioties du style, la porte de mon bureau est toujours grande ouverte. Alors forcément, quand il est question de défoncer les portes ouvertes, y a toujours des champions. Genre le point unique d’entrée de l’équipe des lutins. Le point unique c’est comme le guichet unique à la sécu. Il est censé rassembler tes demandes, les coordonner, t’aider à remplir les bons formulaires pour te diriger vers le bon service. Mouais. Bref, il est venu me voir. Habillé toujours pareil. Téléphone et couteau suisse à la ceinture. Il s’est affalé lourdement sur une de mes chaises. Han. Une chaise que j’ai récupérée d’une salle de réunion à l’autre bout du bâtiment et que maintenant je défends jalousement. Il n’a pas parlé tout de suite. Ca sentait la mauvaise nouvelle à plein nez. Alors j’ai laissé faire, histoire de voir comment il allait s’en sortir. Il a remis un peu d’ordre dans ses cheveux, tripatouillé son crayon rouge et s’est penché un peu plus vers ses chaussures. Sa cravate a fait un pli bizarre avec son ventre. Si je dis ça, c’est que je le soupçonne de porter la cravate uniquement pour garrotter les fournisseurs récalcitrants. A mon avis, il doit faire disparaître les corps en salle machine. - Vince qu’il m’a dit. T’es au courant pour le projet. Ils veulent pas valider le dépassement de budget. On va droit dans le mur. Blablablabla. Plus moyen de l’arrêter. Un type qui d’ordinaire ne dit jamais rien, me raconte son quotidien de misère fait de serveurs en carafe, de bases de données crashées et de pieds et poings liés. Le pauvre. Et dire qu’il y a quinze jours, il ne voulait pas se bouger l’cul et maintenant, ON va droit dans le mur. C’est beau le travail en équipe. Dommage que je n’ai pas un petit bouton sous mon bureau pour ouvrir une trappe et le faire disparaître dans une fosse aux serpents. Et tant pis pour ma chaise. Une minute qu’il parle et il m’a toujours pas dit « Vince, j’ai merdé mais je vais essayer de trouver une solution ». Rien. Pas l’once d’un remord. C’est la faute à… si seulement on m’avait donné… Pourquoi, pourquoi ? Je commence à regretter le temps où on pouvait décapiter un messager de mauvaise nouvelle, histoire de montrer qui c’est qui commande ici. C’est vrai que ça me ferait du bien. Et puis je pourrais aller fanfaronner chez les lutins, rouler des épaules pour les impressionner « alors, on fait quoi maintenant ? ». Hé hé. Mais je suis sûr que le DRH ne va pas être d’accord. « Allons Vince, ce sont des méthodes d’un autre temps ! ». Roooo, quel rabat-joie. Trois minutes top chrono. Ayé. Fini. C’est pas moi c’est lui. Je ne dois pas être très beau à voir parce qu’il est retourné regarder ses chaussures. Qu’est ce que je fais ? Plan A : réunion de crise, tout le monde sur le pont, responsabiliser, animer, plan d’action, blablabla. Plan B : je lui retourne les pouces. Je crois que je suis en train de devenir cynique.
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Zen
Aaaaaaaaaah que c’est agréable de retrouver son petit chez soi de bureau super génial que j’adore youpla tralala (en fait, j’en fais trop mais bon), revoir les collègues tout sourire, tout pas sourire, tout bronzés, tout pas bronzés, tout coiffés, tout pas coiffés (en fait les « tout, tout pas » ça marche avec tout plein de trucs, tout pas plein de trucs) et bien sûr, entendre les deux point ouvrez les guillemets - Vince, t’es de retouuuuuuuur ? - Hé ouais. - Tes vacances, c’était bieeeeeen ? (sous entendu moi c’était génial, j’étais à Ibiza petit tour en voilier, tu as vu comme je suis bronzée demande moi, demande moi) - Non un vrai calvaire. - Naaaaaaaaaan ? - Nan. Bon, vous l’aurez compris (si si, j’en suis sur), je suis de retour. Dans la joie et la bonne humeur et en plus, à toute vitesse. A peine le temps de tremper mes lèvres dans mon café brûlant qu’on vient déjà me raconter les intrigues, les ragots de machine à café, les glouglous de bonbonne d’eau, les sous-entendus, le nouvel organigramme, qui couche avec qui et, comme un bruit de couloir ne vient jamais seul, T débarque en hurlant. Il crie d’abord au scandale puis une courte rafale de « Non mais t’as vu ? ». Comme j’ai rien vu, il fait le tour de mon bureau et attrape ma souris. Click, click il ouvre un mail, me fait les commentaires, m’explique, le lit par dessus mon épaule, le relit et j’ai pas le temps de répondre qu’il me refait tout l’historique des réponses, la parano en prime. A peine un quart d’heure de présence et ma tête pleine de rien se remplit déjà. Mais je souris. Je dis waho. Je suis zen. Je reviens de vacances. La souris change de main, changement de vilain. Salut Vince, click click, j’ai mis mes photos en de vacance en ligne, tu veux les voir ? Click, click. 283 photos. Mais ça va vite, y en a plein qui se ressemblent. La magie du numérique. Les petit oiseau va sortiiiiiir, les sourires forcés, les paysages en triple, en quadruple se succèdent, se ressemblent. Je regarde défiler les images. Elle clique, m’explique, me parle, commente, détaille, revient en arrière, tourne la tête ooooops celle-là est à l’envers. Le numérique c’est vachement bien quand même… Je souris. Je dis waho. Je suis zen. Je reviens de vacances. Coup de fil de la DRH - Vince, t’oublie pas, hein ? A 14h30 t’as visite médicale ». - Nan, nan j’oublie pas. Bordel. 14h50, la reine des abeilles n’est pas là. En vacances. Elle est remplacée par un vieux bourdon étranglé par une farfalle géante en guise de nœud papillon. Il me demande si ça va, chausse ses lunettes, regarde mon dossier, pointe mon lieu de naissance, réfléchit, se souvient… puis me parle de la guerre, la résistance, comment son père volait des chevaux à la barbe des allemands. J’écoute, je laisse aller, je ne fais même plus l’effort de rentrer mon petit ventre. On est entre hommes. Deux leçons d’équitation plus tard, je suis apte. Il me demande si j’ai besoin de rien, je réponds des vacances. On rigole doucement. De retour au bureau youpitralala. Réunion à 17 heures. Quel est le con qui a planifié cette réunion à 17h00 ? Bordel, c’est moi. Ah oui, je me souviens. Vieux dinosaure doit m’expliquer comment fonctionne ses applis de dinosaure juste au cas ou vieux dinosaure se casserait une jambe ou tomberait malade ou serait viré. Je l’écoute parler. Il s’écoute parler. Par moments, le débit de sa voix me fait penser à du sirtaki. Mais du sirtaki qui ne s’accélère jamais, qui reste bloqué sur la première piste. 20 minutes et j’ai déjà envie de me tirer. Qu’est ce que je fous là ? Mais je souris. Je dis waho. Je suis zen. Je reviens de vacances. (Tadam. Tadam. Tadam. Tadadadam…
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Quizz de l'été
Aaaaaaaah la mer, les flots bleus, la crème solaire, les glaçons dans le rosé, le sable dans les yeux, les parasols qui s’envolent, les seins nus, la chaleur… Tu es content, c’est l’été et c’est l’heure du Quizz. 1/ Pour toi, Moby Dick c’est : a) Le nom de ta mobylette b) Le nom de ton petit trésor c) Le fils caché de Dick Rivers avec Albert de Monaco (Une histoire de jeunesse). 2/ Quand tu discutes température avec tes voisins de serviette, tu aimes dire : a) Quelle chaleur ! J’ai la raie des fesses qui me sert de gouttière. b) Olalalala, mes chéris, la chaleur je connais. Je reviens du Sénégal. Le Club Med est magnifique, heureusement que tout est climatisé. Et puis les gens sont d’une gentillesse mais cette poussière, cette poussière. Nan, vraiment on oublie la chance que l’on a de vivre en Fraaaaaance c) Je me demande si ma tatie de 92 ans est toujours vivante… 3/ Sur la plage, tu es très européen car à chaque fois que tu croises : a) Un anglais, tu lui donnes une grande claque sur son coup de soleil et tu lui dis « Alors ce mondial ? » b) Un allemand, tu lui donnes une grande claque sur son bob Mercedes et tu lui dis « Alors ce mondial ? » c) Un italien, tu dis rien 4/ La glacière, c’est : a) Très pratique b) Très lourd c) Très moche 5/ Caché derrière tes lunettes noires de pilote de chasse, tu aimes regarder : a) le ciel, voir défiler la banderole publicitaire « Ce soir Patrick Sebastien sera au Casino d’Aix-les-bains. Au rayon surgelés ». b) Les nuages, imaginer que tu es dans un chasseur F14 Tomcat poursuivi par des MIG. Tu tiens ta tong d’une main comme un manche à balais et tu sifflotes « Danger Zone » c) La mer nimbée par le clair de lune. Tu trouves ça beau. d) Les filles qui marchent sur la plage, leurs poitrines gonflées par le désir de vivre. J’aiiiime. Lalalalala et font semblant d’être saaaaage. e) Rien parce que tu t’es fait refourgué des lunettes de soudeur 6/ Des jeunes d’un quartier défavorisé viennent s’installer à coté de toi. Ils déplient leurs serviettes en mettant su sable partout, parlent fort, ne disent pas merci et écoutent de la musique. a) Tu danses le rap autour de leur serviette façon Ségolène Royal b) Tu t’enterres dans le sable pour être grand comme Sarkozy. Tu échanges des clins d’œil convenus avec tes autres voisins de serviette, tu dodelines de la tête en prenant un air excédé et tu menaces de passer la plage au rouleau balayeur. c) Tu t’en fous, t’as du sable plein les oreilles. 7/ Sur la plage, tu amènes toujours ta mamie avec toi parce que : a) C’est pratique pour garder les enfants b) C’est utile pour porter la glacière c) C’est la bonne excuse pour planter ton parasol Tropico. Réponses : 1/ tu as répondu un maximum de réponses a ou b, ou alors c. Tu ne sais plus trop car à ce moment-là, tu dansais nu(e) sur la table, ivre de soleil et de rosé. 2/ Tu étais bien parti. Ce quizz, tu le sentais bien. Les questions s’enchaînaient et tu répondais du tac au tac. Et puis, est arrivée la question de la glacière. Que répondre ? Comment ? Qui appeler ? Tu as bien eu une gourde quand tu étais petit mais une glacière, une glacière…. 3/ Tu as tout bien répondu comme il fallait. Il est temps de partir se dorer la pilule, ne rien faire pendant trois semaines. Se la couler douce. Regarder les autres s’énerver, courir, raler pendant que toi, toi…..Mmmmm…. tu ne fais rien.
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Desperate housewife
13h33 - Tu es sur Vince ? - Oui, oui. Pas de problèmes, je peux les garder. - Nan, parce que hein, tu sais, des fois, ils peuvent être terribles. - T’inquiète. Regarde-les. De vrais petits anges. Et puis tu as tout amené. Les crayons, les jouets. Je vais gérer. - Sur ? - Oui, sur. Profitez-en. C’est les soldes. - Bon on y va alors. Ne leur donnes pas trop de bonbons ! - OK. A ce soir. 13h35 - Alors vous êtes content d’être chez tonton Vince ? - Ouiiiiiii. - Vous voulez qu’on joue à quoi ? - A la barbiiiiiiiiiie - Vous savez quand Tonton Vince avait votre age, il avait des Big Jim. - C’est quoi un Bib Jim ? - C’est comme un Ken mais en plus musclé, plus costaud, plus fort, plus armé. Le mien, il était habillé avec un pantalon de guerre et des ceintures de munitions autour du corps. Et puis il pouvait sauter d’un hélicoptère enflammé, combattre les méchants avec son couteau en plastique et … Regards ronds. - OK. On va jouer à Barbie Princesse. On va lui mettre une belle robe pour aller au bal et puis Ken, il va être gentil. Il va ouvrir la porte du carrosse, il va apporter des fleurs et il ne fera pas de bruits avec sa bouche en mangeant le gâteau d’anniversaire. - Ouiiiiiii. 13h57 - Alors t’y arrives à mettre sa robe ? - Mais pourquoi le bras droit ne rentre pas dans la manche ? - Maman elle y arrive bien. - Je peux aller faire pipi ? - Bien sur ma puce. Vas-y. Ta maman c’est la plus forte. Bon… gnégnégnégné.... Yessssssss. Alors, on dit quoi à Tonton Vince ? - La rose, elle est à l’envers. - J’ai fi-niiiiiii. - Mais non, elle est pas à l’envers. - J’ai fi-niiiiiii. - On va dire que c’est la nouvelle mode. Je vais voir ta sœur. - Alors qu’est ce qui t’arrive ? - J’ai fini. J’ai fait caca. - On ne le répétera jamais assez. Manger des légumes, c’est important. - Il faut que tu m’essuies. - Mais, mais… Tu ne sais pas faire ? - Nan. - Tu veux pas apprendre ? Comme ça, tu seras grande et … - Nan. - Bon. Penches-toi un peu… Oula. Comment un petit être frêle et innocent comme toi peut faire un machin pareil ? Ta mère t’empêche d’aller aux toilettes ? - Nan. 14h43 - Aieuuuuuuuuuuh. Tonton Vince, S elle arrête pas de me tirer les cheveux ! - C’est pasqualle veut pas me donner le crayon rouge. - Hé les filles. Regarde, toi aussi, tu as un crayon rouge. - Il est pas beau. - Mais si, il est très joli. Et puis c’est un crayon rouge magique qui dessine de très jolies maisons aussi grandes que des fleurs. D’accord ? - D’accord. 14h46 - Aieuuuuuuuuuuh. - Mais pourquoi tu tires les cheveux de ta sœur ? - C’est pasqualle veut pas me prêter son crayon rouge magique. 15h17 - Et si je vous emmenais jouer au parc ? - Ouiiiiiiii. - Mais avant, vous allez faire le pipi de sécurité. - J’ai pas envie. - Moi j’ai déjà fait caca. - Vous êtes sur ? - Ouiiiiiiiii. 15h49 - Qu’est ce qui t’arrive ? Pourquoi tu sautilles comme ça ? - J’ai envie de faire pipi. - Mais pourquoi tu n’as pas fait tout à l’heure ? - J’avais pas envie mais maintenant j’ai envie. - Et toi ? - J’ai envie de faire caca. - ENCORE ? - Oui. - Vous pourrez tenir jusqu’à la maison ? - Je sais pas. - Moi non plus. Bordel. 16h23 - Comme vous avez été de grandes filles, je vous offre une glace au Mac Do. - Ouiiiiiii. 16h52 - Les filles, non ! On ne descend pas du toboggan la tête la première. - Mais on veut faire comme les pingouins. - Pas de pingouins. On descend sur les fesses. Compris ? - D’accooooord. 17h35 - En attendant maman, on va regarder un DVD. Tranquillement. Au calme. - Moi je veux voir Barbie et le cheval magique. - Et moi, Madasgagacar - BARBIE ET LE CHEVAL MAGIQUE - MADASGAGACAR - Et les indestructibles ? Si on regardait les indestructibles ? - Ouiiii ! 18h20 - Alors Vince, ça s’est bien passé ? - Génial. Et vous ? La carte bleue a chauffé ? - Ouiiiiiii. - Et vous étiez contentes ? - Ouiiiiii. Finalement, on ne grandit jamais. (Ouiiiiiii)
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Sans crier Gare (de Lyon)
J’avançais tranquillement dans Gare de Lyon. A grandes enjambées. En prenant soin de poser mon pied au centre de chaque carrelage, sans déborder, quand, soudain, tout à coup, venant de nulle part, sans crier gare (de Lyon), un type me percute d’un direct du sac Vuitton dans l’estomac, suivi d’un croc en jambe Samsonite à roulette. A peine le temps de dire un « Parrrrdon, j’ai mon trrrrrain », en roulant des r comme ma voisine roule des fesses qu’il était déjà parti. Incroyable. Je reprends mon chemin en boitant l’air de rien même pas mal. Quelques mètres sous terre, je m’apprête à biper du Navigo pour m’engouffrer dans le métro quand tout d’un coup, soudainement, je sens comme un picotement dans ma nuque. Une impression de guili-guili sassou. Je me retourne et qu’est-ce que je vois ? Il. Lui. Devant moi. Ou plutôt je suis devant lui. Pile poil dans sa trajectoire. Coincé entre les portes du métro et son regard déterminé. Sans plus attendre il s’élance. Comme un troupeau de buffles à lui tout seul. Ses pas martèlent le carrelage, ses bras balancent, sa voix lourde (de sens) résonne d’un « Je paaaaassssse aaaaavvvvec vouuuuuus ». Tout autour de moi, c’est la folie. Les murs tremblent, les tourniquets s’affolent, les portes claquent, les femmes crient, les hommes lisent l’Equipe, les guichetiers baillent et moi je me dis que je suis mort. Tout semble tourner au ralenti. D’un geste plein d’élégance, je dégaine mon pass Navigo. J’entends le blam blam de ses pas qui se rapprochent. J’approche mon pass de la borne, blam blam, mon coude se déplie, blam blam, ma main se déplie, blam blam, mes doigts se déplient, blam blam, mon pass vole blam blam virevolte blam blam galope BLAM. Le choc. Nos deux corps fusionnent dans un méli-mélo de tissu chamarré. Seul mon bras dépasse. Un poil trop court de la borne. Ayé. Je me dis que c’est la fin mais nan. Je l’entends crier toute sa haine du système ferré « Font chier la RATP, ça marche jamais leur truc ! » Je repars en respirant comme un Jacques Mayol bouché du nez en me disant plein de choses intelligentes, du style je vais être en retard, c’est bête pour une fois que je me lève super tôt, Ouf ma chemise n’est pas froissée puis je me jette dans le métro. Les portes se referment, je m’agrippe à la barre en inox plein de sueur, miasmes, bactéries, et je me laisse bercer par la douce chaleur étouffante du metro. Aie. On m’a pincé les fesses ? Au début, j’ai cru que je rêvais alors je me suis pincé pour voir, mais non, pas d’erreurs possibles, ça me piquait bien les fesses. Alors je me suis retourné. Il y avait un type, du genre costaud, du genre nourri à la soupe aux stéroïdes depuis sa tendre enfance. Il m’a regardé avec des yeux ronds comme des ballons et s’est mis à crocheter dans le metro comme un Ribery face à deux brésiliens. Il m’a dit « Je descends ici ». Les portes se sont ouvertes et il parti comme une fusée. Maintenant je ne bouge plus. Je suis face à mon ordi. Aux aguets. Tous mes sens en alerte. Depuis la sortie du metro, on m’a déjà proposé un « Hé monsieur vous avez de la chance, la foire aux vestes en cuir s’est terminée hier et il me reste de la marchandise plein mon coffre. Pour vous je fais tout à moitié prix. En liquide je préfère », un café, une madeleine, un clin d’œil malicieux, un truc à rendre pour midi, un 10 à 11 avec deux stagiaires jumelles, mais j’ai tout refusé. Balayé du revers de la main. Pas fou le Vince. Pas fou.
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Des fois.
Des fois, je me demande si la vie est juste ou belle, ou belle et juste, ou juste belle. Des fois, je me demande s’il y a une vie après la mort, ou une mort après la vie ou à la vie, à la mort. Des fois. Des fois je me demande ce qu’était devenu Jean-jacques Labet, alias Kim Silver le roi du nunchaku. Des nunchakus, on s’en était fabriqué quand on était gamins. On s’était aussi fait des shurikens en découpant des étoiles dans les plats à tarte de nos mamans. Quand j’y pense, on était drôlement débrouillards. On se baladait avec nos nunchakus dans la poche. Pour faire le beau devant les filles. Pour leur prouver notre fureur du dragon, leur dire qu’on saurait les protéger des promoteurs véreux, toujours prêts à faire main basse sur le restaurant chinois de leurs papas. Mais voilà, les filles, elles ne nous croyaient pas. Elles se méfiaient des beaux parleurs. Alors pour leur prouver qu’on avait des corones grosses un coeur gros comme ça, on leur faisait une petite démonstration. Deux trois enchaînements main droite main gauche avec passement entre les jambes. Celui qui réussissait à rester conscient (et entier) avait le droit de s’asseoir sur le banc à coté des filles. Mais des fois, les filles elles préféraient rester en elles pour discuter de c’est-des-histoires-de-filles-tu-peux-pas-comprendre. Alors nous, on s’entraînait à se battre contre une horde de démons armés jusqu’aux dents tout droit sortis de l’enfer, symbolisée par un gros chêne centenaire. Je me souviens de la fois où un type s’est approché de nous. Il voulait nous faire croire qu’on ne résout rien par la violence, c’est pas bien d’avoir de vilaines pensées impures. Mais Dieu soit loué, Jéhovah soit son témoin, notre situation n’était pas désespérée. C’est pas comme si on se tripotait dans notre lit le soir. Heureusement, hein ? Il nous a tout expliqué. La Genèse, Dieu, le big badabang qui n’existe pas et une nouvelle vie de démarcheur de Paradis. Et puis après, on pourrait aller boire un grand verre d’orangeade chez lui. Qu’est ce que vous en dîtes les jeunes ? B s’est approché de lui. B c’était ce qu’on appelle un enfant difficile en perpétuel échec scolaire. C’était aussi trois têtes de plus que nous et 30 points de moins au QI. Des mollets à monter le col du Galibier, des bras d’arracheur de betteraves et le front tout bleu à force de répéter l’enchaînement épaule gauche main droite. Alors forcément sa réponse n’a pas traîné « C’est bien beau toussa mais qui va s’occuper de combattre les démons sortis d’outre-tombe ? ». Je me rappelle de la tête du type. Le regard du conseiller d’orientation quand B lui a expliqué son rêve de pilote de chasse. D’ailleurs, le type a eu la même réaction. Il a tourné les talons et il est parti se saouler dans un coin. On ne l’a plus jamais revu. Des fois, je me demande si B ne nous a pas sauvés d’une mauvaise intention, ou d’une intention mauvaise ou d’un chemin pavé de bonnes intentions. Des fois je me demande si Allez les bleus ou les bleu alléééééé, ou les bleus allez on rentre. Des fois.
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